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Rodrigo Vieira de Ávila

Brésil : La dette publique est toujours bien là !


par Rodrigo Vieira de Ávila

10 mars 2008

Après avoir largement fait la publicité du remboursement anticipé du Brésil au FMI en 2005, le 21 février 2008, le gouvernement a annoncé une supposée nouvelle étape historique à savoir que les actifs du pays à l’étranger, constitués fondamentalement par les réserves internationales, ont dépassé la dette externe publique et privée. Le gouvernement a présenté cela comme étant une preuve que le problème de la dette n’en est plus un.

Premièrement, il faut dire que ce supposé record n’est pas exempt de manipulations statistiques entamées en 2001 sous la présidence de Fernando Henrique Cardoso et qui ont continué sous la présidence de Lula à savoir la non comptabilisation des dettes à l’intérieur d’une multinationale - des filiales à l’intérieur du Brésil vis-à-vis de leur maison mère à l’extérieur - dans le calcul de la dette externe. Ces dettes ont doublé en 2007 passant de 20 à 42 milliards de dollars. En omettant d’inclure cette dette dans le calcul, le gouvernement peut se permettre de parler d’une nouvelle étape historique.

Deuxièmement, qu’y a t-il derrière cette accumulation effrénée de réserves de change ?
Une véritable foire aux spéculateurs nationaux et étrangers qui amènent en masse leurs dollars au Brésil pour acheter des titres de la dette « interne » dont les intérêts sont les plus élevés du monde, Le résultat de cela est l’explosion de la dette interne qui a atteint 1400 milliards de réales avec une augmentation de 40% en à peine deux ans, soit 835 milliards de dollars ou 555 milliards d’euros (1 real = 0,39 euro ou 0,59 dollar).

En 2007, le gouvernement fédéral a dépensé 237 milliards de reales¨ [1] en intérêts et capital de la dette externe et interne (sans compter le refinancement de cette dette) alors qu’il consacrait à peine 40 milliards de réales à la santé, 20 milliards à l’éducation et 3,5 milliards à la réforme agraire. Et avec ça le gouvernement ose affirmer que la dette n’est plus un problème.

Comme dénoncé dans la 3e édition de la brochure « l’ABC de la dette » (qui sera disponible prochainement pour la campagne d’audit citoyen de la dette du Réseau Jubilé Sud au Brésil), une récente exonération fiscale de l’impôt sur le revenu pour les revenus étrangers ainsi que l’établissement et le maintien des taux d’intérêt extrêmement élevés et la liberté totale des mouvements de capitaux sont en train de produire les conditions d’une véritable attaque spéculative contre le Brésil.

Les investisseurs étrangers font venir leurs dollars au Brésil pour investir en bourse ou dans les titres de la dette interne et ainsi ils font dévaluer le dollar par rapport au real, les banques et entreprises nationales en profitent également en s’endettant à l’extérieur (avec des taux d’intérêts bas) pour prêter ensuite au gouvernement brésilien via l’achat de titres de la dette interne. Etant donné les taux d’intérêt extrêmement élevés au Brésil, cela leur rapporte des fortunes.

Il n’y a pas de limite pour ces opérations et la Banque centrale brésilienne achète ces dollars et émet des titres de la dette interne conformément aux flux de devises étrangères dans le pays. Lorsqu’ils reçoivent leurs bénéfices et intérêts en réales, les investisseurs peuvent les échanger contre une plus grande quantité de dollars du fait de la valorisation du réal et ainsi remplir leurs engagements vis-à-vis de l’extérieur en faisant un bénéfice supplémentaire.

En 2007, le réal a gagné 20% en valeur par rapport au dollar, cependant l’investisseur étranger qui au début 2007 avait utilisé des dollars pour acheter des titres de la dette externe brésilienne a gagné pendant cette année 2007, 13% sur base des taux et plus de 20% lorsqu’il a transformé ses profits en dollars. C’est ainsi que les investisseurs étrangers ont fait des bénéfices sur base d’un taux réel (en dollars) de plus de 30% par an.

D’autre part, en achetant les devises étrangères apportées dans le pays par les spéculateurs, la Banque centrale contribue à la baisse du dollar. La Banque centrale utilise les dollars soit des investisseurs étrangers et des exportations, soit sous forme de bons du Trésor américain (qui aident Bush a financer son déficit et ses politiques comme l’invasion de l’Irak) dont les interêts représente le tiers de ce que paie le gouvernement brésilien pour des titres de la dette interne. De plus, comme le dollar connaît une forte dévalorisation, les intérêts payés par le Trésor américain sont en réalité négatifs pour le Brésil.

Le résultat de tout ceci est un immense préjudice pour la Banque centrale qui a représenté 58,5 milliards de réales de janvier à octobre 2007. Ce préjudice pour les finances de la nation s’est élevé au double de toutes les dépenses de santé pendant la même période. A contrario, les banquiers qui ont bénéficié de cette manoeuvre ont obtenu des bénéfices record.

De ce fait, la divulgation par le gouvernement de cette supposée nouvelle étape historique dissimule en réalité un véritable recyclage du mécanisme de spoliation de la dette externe sous le nouveau masque de l’endettement « interne ». Ce mécanisme est hautement rentable pour les investisseurs étrangers étant donné qu’ils contribuent à la dévalorisation de la monnaie américaine en recevant leurs bénéfices et intérêts dans une monnaie (le réal) qui n’arrête pas de se valoriser par rapport au dollar.

De plus, quand le gouvernement prétend posséder assez de ressources pour payer toute la dette externe, il s’agit d’une apologie du paiement d’une dette illégitime et déjà payée de nombreuses fois sur le sang et la sueur du peuple brésilien depuis la hausse des taux d’intérêt décidée unilatéralement par les Etats-Unis qui a multiplié plusieurs fois les taux d’intérêt d’alors sur la dette externe ce qui a poussé le Tiers monde dans la récession et une aggravation considérable du sous-développement.

Il n’y a pas de solution au problème de l’endettement sans un audit large et en profondeur pour chiffrer le nombre de fois que cette dette a été payée et son coût social et environnemental. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons nous libérer de ces chaînes qui continuent de nous emprisonner. Les dires du gouvernement visent à continuer à faire diversion à travers la divulgation de données manipulées et partielles pour disqualifier les mouvements sociaux dans leur demande d’un audit dans une tentative de dissimuler le fait que l’endettement continue à être toujours au centre des problèmes de la nation.

notes:

[1Soit 141 milliards de Dollars ou 94 milliards d’Euros.


Rodrigo Viera de Avila est économiste de la campagne pour l’audit citoyen de la dette Réseau Jubilé Sud Brésil


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