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Gaspard Denis

L’annulation de la dette : une stratégie de sortie de crise


par Gaspard Denis

7 mai 2009

Bien que n’étant pas à l’origine de la crise financière qui secoue l’économie mondiale, les pays en développement (PED) n’en sont pas moins les premières victimes. La récession les frappe en effet durement via divers canaux de transmission, tels que la chute de leurs recettes d’exportation, la baisse des transferts des migrants, ou encore le tarissement des investissements étrangers. Rien d’étonnant dès lors que les prévisions de croissance soient si mauvaises pour les PED : en excluant la Chine et l’Inde, l’évolution de leur produit intérieur brut serait ramenée à 0 en 2009, après +4,6% en 2008 [1]. Quant à l’impact social de la crise, le FMI et la Banque mondiale estiment que 55 à 90 millions de personnes supplémentaires devraient tomber cette année dans « l’extrême pauvreté » [2].
Des moyens insuffisants pour contrer la crise

Les perspectives sont d’autant plus moroses pour les pays en développement que la grande majorité d’entre eux ne disposent pas de moyens suffisants pour financer des plans de relance ambitieux de leur économie. En l’absence de ressources internes et externes additionnelles, ils risquent dès lors de se remettre beaucoup plus difficilement de la récession globale. Or, jusqu’à présent, les moyens supplémentaires mis à leur disposition sont assez limités : sur les 1100 milliards de dollars annoncés par le G20 de Londres le 2 avril dernier pour relancer l’économie mondiale, seulement 50 milliards reviendraient directement aux pays à faibles revenus [3]. En outre, cet apport additionnel - constitué pour l’essentiel de prêts assortis de conditionnalités - devrait être décaissé sur une période allant de deux à trois ans. Or, rien que pour l’année 2009, le FMI évalue à 216 milliards de dollars la facture de la crise financière pour les pays les plus pauvres [4].

Il incombe dès lors aux pays donateurs de poursuivre leurs efforts pour atténuer les effets de la récession sur ces derniers. A ce sujet, l’aide ne constitue pas le seul levier à leur disposition pour remplir cet objectif. L’annulation de la dette des pays pauvres en est également un autre. En effet, malgré la mise en œuvre des initiatives d’allègement PPTE (pays pauvres très endettés) et IADM (initiative d’allégement de la dette multilatérale) , le poids du remboursement de la dette continue à détourner une part conséquente de leurs finances publiques. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un rapide coup d’œil aux statistiques fournies par la Banque mondiale à ce sujet : selon cette dernière, le service total de la dette des pays à faibles revenus serait passer de 21 milliards de dollars en 1990 à 31 milliards de dollars en 2007 [5].

Vers un nouveau cycle d’endettement ?

La récession économique actuelle risque d’ailleurs d’alourdir le fardeau du remboursement de leur dette pour deux raisons principales. Tout d’abord, compte tenu de la détérioration des termes de l’échange, nombre de pays pauvres risquent de disposer de moins de devises pour rembourser leurs créanciers. Le cas de la Zambie est particulièrement illustratif à ce sujet : la baisse du cours du cuivre a entraîné une chute de ses revenus d’exportation, ce qui risque de rendre très rapidement insoutenable la gestion de sa dette extérieure. D’autant que le ratio dette/exportations de ce pays atteint déjà près de 300%, soit le double du seuil de 150% fixé par la Banque mondiale pour définir un niveau d’endettement viable [6].

Deuxième source d’aggravation du service de la dette : nombre de pays pauvres devraient contracter dans les mois à venir de nouveaux emprunts (notamment auprès du FMI et de la Banque mondiale) pour atténuer les répercussions de la crise sur leur économie, ce qui représente une réelle menace pour les pays présentant un risque élevé de surendettement.

Dans ce contexte, l’annulation de la dette extérieure des pays à faibles revenus, mais également des pays à revenus intermédiaires présentant un niveau d’endettement critique, remplierait un double objectif : elle leur permettrait de débloquer des ressources supplémentaires, ce qui limiterait du même coup leur besoin de recourir à l’emprunt extérieur pour surmonter les effets de la crise. Cependant, une telle option n’a malheureusement pas été retenue pas le G20 de Londres. Les Nations-Unies, par contre, viennent de proposer une mesure allant dans le bon sens. En effet, lors d’une rencontre de haut niveau tenue à l’ECOSOC [7] le 27 avril dernier, Supachai Panitchpakdi - secrétaire général de la CNUCED (Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement) - a appelé à octroyer rapidemment des allègements de dettes aux pays en développement fortement endettés [8]. En outre, il a demandé l’établissement d’un moratoire temporaire sur le service de leur dette, afin d’accorder à ces derniers une « bouée d’oxygène » dans le contexte de crise actuel. Enfin, M. Panitchpakdi n’a pas hésité à affirmer que les moyens supplémentaires mis à disposition du FMI par le G20 devraient être utilisés pour stimuler les économies des pays en développement. Cela implique nécessairement, selon lui, que le FMI ne contraigne pas les gouvernements « à réduire leurs dépenses publiques ou à mettre en œuvre des politiques monétaires restrictives qui engendreraient précisément l’effet opposé » [9].
Les Nations unies font de la résistance

En dépit de la tentative du G20 de cadenasser au niveau international la réflexion sur les stratégies de sortie de crise, les Nations-Unies démontrent donc à nouveau leur volonté de se démarquer du consensus actuel. Il faut désormais espérer que les idées progressistes qu’elles défendent depuis plusieurs mois à travers la CNUCED [10] et la Commission d’experts placée sous la présidence de Joseph Stiglitz [11] finissent par gagner un large soutien politique. Ce ne sont pas, en effet, les demi-mesures proposées par le G20 qui permettront de sortir durablement de l’impasse néolibérale.

Publié : CNCD.11.11.11


[1] Le Monde, La crise frappe encore plus violemment les pays pauvres, 8 avril 2009

[2] Idem

[3] Eurodad, G20 communiqué : some progress on governance and finance, www.eurodad.org/

[4] Idem

[5] World Bank, 2008, Global development finance, p. 23

[6] Autrement dit, selon l’approche de la Banque mondiale, la dette extérieure d’un pays est jugée « soutenable » lorsque sa valeur ne représente pas plus d’un an et demi (150%) de recettes d’exportations et que son remboursement (service de la dette) n’absorbe pas plus de 15% des dites recettes sur un an. Par comparaison, en 1953, le niveau de remboursement de la dette allemande n’a pas été jugé supportable au-delà de 3,5% de ses recettes annuelles d’exportations. L’Allemagne a alors bénéficié d’une annulation de 51% de sa dette.

[7] L’ECOSOC est le Conseil économique et social des Nations-Unies

[8] 30 Apr 09 - « Temporary Debt Moratorium Needed For Some Poor Nations - says UNCTAD Secretary-General », www.unctad.org

[9] Idem

[10] UNCTAD, 19 mars 2009, The Global Economic Crisis : Systemic Failures and Multilateral Remedies, www.unctad.org

[11] Ladite commission a publié le 19 mars 2009 , en anglais, l’inventaire des 79 recommandations qu’elle fait à Miguel d’Escoto, président de l’Assemblée Générale des Nations : /www.un.org


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