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Gérard Duménil
Dominique Lévy

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L’impérialisme à l’ère néolibérale


par Gérard Duménil , Dominique Lévy

1er décembre 2005

Il n’a jamais existé dans l’histoire du capitalisme, de période d’harmonie et de non violence. Les premières décennies qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, les dites « trente glorieuses », font rétrospectivement figure de paradis perdu. Pourtant, ne furent-elles pas celle du colonialisme et des guerres d’indépendance, de la guerre prétendument froide et des brûlants affrontements qu’elles suscita comme en Corée ou au Vietnam ? Que dire de la subversion partout dans le monde, notamment en Amérique Latine, chaque fois que le contrôle des gouvernements des pays de la périphérie par des classes ou cliques favorables aux États-Unis était menacée...

Mais le nouveau cours du capitalisme, depuis un quart de siècle, se singularise par la résurgence de formes de violence qu’on aurait pu juger désuètes. La chute du contre-empire soviétique ainsi que le fiasco des luttes révolutionnaires-dans ce qu’on appelait alors le tiers-monde, quand il en existait un second-n’a pas conduit les classes dominantes et la première puissance mondiale à modérer le cours de leur domination, à civiliser leurs méthodes. Violences de l’économie, de la guerre et de la subversion sont toujours à l’ordre du jour. Qu’elles soient le fait des prétendus croisés de la démocratie et de la lutte contre le terrorisme n’en change pas la nature.

Quelle force souterraine et obscure sous-tend cette dynamique ? La réponse ne surprendra pas les marxistes : une lutte de classe d’envergure historique et mondiale. Sur la base de l’acquis de la destruction du second monde, il s’agit pour les classes dominantes d’une reconquête, d’une restauration, au sens où un restaure un régime politique. Le précédent de ce qu’il est convenu d’appeler « la restauration » au début du XIXe siècle en France, ne fut pas plus radical. Les classes dominantes sont engagées dans une lutte visant au rétablissement de leur prééminence, telle qu’avant la grande dépression des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale. Dans ce projet, leur audace est sans borne. Du point de vue de la puissance états-unienne, l’enjeu est, en outre, celui de la consolidation de sa domination, dans un monde ou d’autres pays sont parvenus à des niveaux de développement comparables, sachant qu’à la fin des années 1980, bien des analystes prophétisaient un déclin. Des classes et une nation, ce sont ces forces sociales qui donnèrent aux dernières décennies du XXe siècle leur violence spécifique, et le début du XXIe se situe bien dans la continuité de cette entreprise.

Néolibéralisme et impérialisme, c’est à travers ces deux réalités que cette étude s’efforce de caractériser la période qui s’étend d’environ 1980 jusqu’aux premières années 2000. Elles n’ont pas le même âge. A l’évidence, le néolibéralisme est un objet nouveau et l’impérialisme un vieille chose. La section 2 propose quelques définitions. Les deux sections suivantes fournissent, chacune à leur manière, les informations susceptibles d’éclairer, essentiellement sur un plan économique, les natures et caractéristiques un néolibéralisme (section 3) et de l’impérialisme (section 4). La relation entre néolibéralisme et impérialisme peut être alors établie. La domination impérialiste sur le reste du monde a formidablement bénéficié des transformations néolibérales ; le stade néolibéral de l’impérialisme s’avère particulièrement fructueux pour les classes et les pays dominants drainant d’énormes revenus du reste du monde ; et, par contrecoup, le projet qu’incarne le néolibéralisme, celui du rétablissement du pouvoir et du revenu des classes propriétaires des moyens de production, s’en est trouvé renforcé. Ce projet de transformation sociale réactionnaire est, cependant, traversé de contradictions (section 5). Il a suscité d’importantes dérives, notamment au cœur du cœur du système, de la part des classes dominantes des États-Unis. La poursuite de ces tendances saperait les fondements de l’entreprise, et une rectification est à prévoir. De quoi sera-t-elle porteuse ? (...)

Gérad Duménil
MODEM-CNRS, Université de Paris X-Nanterre, 200, av. de la République, 92000 Nanterre, France.

Dominique Lévy
CEPREMAP-ENS, 48, bd Jourdan, 75014 Paris, France.

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